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Sommes-nous libres face à l'IA ?

Combien d’entre nous utilisent l’intelligence artificielle (ou plutôt ces « dispositifs de calcul probabiliste sur des quantités massives de données ») sans trop se poser de questions ? Combien ont un petit doute dans le cœur, mais peu d’arguments concrets pour prendre se positionner en conscience ?


Sommaire
1) Être libres face à l'IA
2) Discerner quels usages faire de l'IA

 « De toute façon c’est comme cela, nous n’avons pas le choix. On n’arrête pas le progrès ! Maintenant, nous devons seulement apprendre à utiliser l’intelligence artificielle d’une bonne manière et nous adapter. » Nous entendons si souvent ces mots ! A contre-courant de ce discours, la tradition chrétienne nous suggère que nous devons prendre la peine de nous arrêter, de peser le pour et le contre et de

discerner.


Retrouver notre liberté face à l'Intelligence Artificielle


Pourquoi raisonnons-nous ainsi ? Cette manière de penser doit nous alerter. Il n’est pas juste de dire : « nous ne pouvons pas faire autrement ». Nous sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes donc des êtres libres. « Dieu a laissé l’homme à son propre conseil », dit le Siracide (Si 15,14). Nous avons la capacité de choisir notre destination : pour les chrétiens, c’est le Ciel. Sur cette terre, nous optons pour des manières de vivre selon le seul critère qui compte vraiment : nous rapprocher du Royaume. Les outils technologiques comme l’IA, ne sont que des moyens. Sont-ils bons et utiles ? Nous emmènent-ils dans la bonne direction ?


Face à des nouvelles technologies, comme l’IA, nous sommes libres. Pour exercer pleinement notre liberté, la première étape est de détecter ce qui influence notre discernement. D’abord, nos émotions : la fascination et l’enthousiasme chez certains, la colère et la peur chez d’autres. Ensuite, la culture ambiante. Nous vivons dans un monde de mots et d’images produits par les médias et la publicité. Ils font partie de la société de consommation, qui modèle nos opinions, nos manières de sentir et nos goûts. Nous avons par exemple un attrait démesuré pour le confort et les outils « pratiques ». Enfin, notre liberté est entravée par le péché. Notre discernement est obscurci par nos faiblesses, nos fautes et celles de la société entière.


Discerner quels usages faire de l'IA


La création et l’utilisation de ces « dispositifs » a des bénéfices et des coûts dans au moins quatre dimensions de notre vie : le rapport à la Création, le travail, les relations humaines, la relation à Dieu. En les relevant, nous avons au moins trois manières d’agir : nous positionner intérieurement et philosophiquement sur la direction prise par la société ; décider de l’usage de l’IA dans notre vie personnelle ; mener une action collective.


L'Intelligence Artificielle et la création


Le numérique n’est jamais virtuel. Pour discerner, les permiers éléments à prendre en compte sont les impacts environnementaux. L’IA fonctionne grâce à des datacenters, dont les constructions accélèrent. Elle use encore plus de place que les autres technologies numériques, du fait de leur très grande puissance de calcul. L’IA, du fait du fonctionnement des datacenters, use de l’électricité et de l’eau. Une requête sur Chat GPT-3 consomme 15 fois plus d’énergie que sur un moteur classique, 100 fois plus sur ChatGPT-5 (1). Et selon une estimation, les infrastructures liées à l’IA pourraient bientôt consommer 6 fois plus d’eau que le Danemark (2). Enfin, le numérique use beaucoup de minerais, notamment de terres rares, dont l’extraction a des effets destructeurs sur l’environnement et les populations.


L'IA et le travail


Nombreux sont ceux qui utilisent désormais quotidiennement l’IA dans leur travail. Cette utilisation a des coûts humains que nous incluons dans notre discernement : la perte de certaines capacités cognitives par manque d'entraînement, la disparition de certains métiers. Nous pouvons accepter ces coûts si nous estimons que les bénéfices en valent la peine. Le premier serait : être plus productif. Dans nos sociétés occidentales, avons-nous besoin de produire plus ? Un autre bénéfice serait de nous décharger du travail. Cela pose une question essentielle : au fond, pourquoi travaillons-nous ? La tradition de l’Eglise nous oriente. Le travail de l’homme sert « à la réalisation de son humanité, à l’accomplissement de sa vocation : être une personne. (…) Le but du travail reste toujours l’homme lui-même », selon Jean-Paul II (3). Nous n’avons pas besoin de produire plus, ni de supprimer le travail. La question qui demeure est : l’introduction de l’IA dans notre travail lui permet-il d’être plus humain ?


L'IA et les relations


Coach du quotidien, formateur, confident : l’IA transforme nos relations. Ces dispositifs nous rendent plus indépendants de l’aide des autres et plus « libres » de notre devoir d’aider autrui. Ils altèrent un élément essentiel des relations : le commun, c’est-à-dire ce que nous partageons dans les tâches du quotidien. De plus, ces systèmes informatiques nous habituent à éviter l’altérité. Se confronter à l’autre nous demande toujours un effort. Eux sont conçus pour nous renvoyer la réponse que nous attendons le plus, notamment les « IA relationnelles ». A nous de discerner si l’impact de l’IA sur nos relations est mesuré par rapport aux gains que nous en tirerons.


L'IA et la vie spirituelle


Il est une dernière question essentielle à notre discernement : comment l’intrusion toujours plus poussée de la technologie dans mon quotidien atteint-elle ma relation à Dieu ? Sans ennui, sans silence, comment développer l’intériorité où je peux le rencontrer ? Sans l’expérience de la pauvreté, sans l’inquiétude générée par des situations où je n’ai pas la solution, comment me tourner vers Lui comme un Père de qui je reçois tout et qui peut tout ?

Nous sommes poussés à rechercher la perfection dans le travail et les relations en adoptant des outils toujours plus efficaces. Le Christ, lui, nous appelle à la perfection de l’amour.



Sources :


  1.  À quel point l’IA a-t-elle faim ? Analyse comparative des consommations d’énergie, d’eau et d’empreinte carbone, réalisée par des chercheurs des universités du Rhode Island (États-Unis) et de Tunis.

  2. Rendre l’IA moins « assoiffée » : Découvrir et s’occuper de la secrète empreinte aqueuse des modèles d’intelligence artificielle, par des chercheurs de l’Université de Californie. (Pengfei Li et al, mars 2025)

  3. Laborens Exercens, 6



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